Fêter le projet d’une vie, c’est poser la question de son commencement. Entre cette galerie et moi, les choses ont commencé sur le trottoir de la rue Condorcet, un jour de 1998, alors que je cherchais un local pour mes activités.

C’est la vitrine qui me plaît. Je me dis que je pourrais en faire un lieu d’exposition pour moi, mais aussi pour d’autres artistes, que j’inviterais. Je l’achète et crée dans la foulée l’association Losange, dans l’idée d’offrir à de jeunes créateurs un premier lieu d’exposition où rencontrer leur premier public, dans l’idée aussi de leur permettre d’apprendre à exposer et à promouvoir leur oeuvre. Parmi ceux qui ont commencé ici, plusieurs exposent aujourd’hui un peu partout, en Europe et dans le monde.

La galerie acquiert peu à peu une modeste notoriété, des artistes confirmés viennent y montrer leur travail. Les expositions se suivent, au rythme de 9 par an. Il y a aussi bien sûr les temps de découragement, crises économiques et quelques confinements… Mais sans jamais perdre cette conviction que ces projets en valent vraiment la peine.

Cette conviction, ce sont les ateliers qui permettent le mieux de la tenir: le grand plaisir de transmettre la passion de créer, par l’enseignement des techniques de peinture, de dessin et de sculpture les plus diverses, en confrontant les élèves à des artistes très différents. La satisfaction de voir éclore quelques talents parfois, certains élèves développent un travail de création, exposent dans la galerie… Le bonheur d’avoir contribué à allumer quelques étincelles, à révéler quelques vocations.

Je remercie les artistes de m’avoir fait confiance pour y exposer leur travail et un autre grand merci aux élèves qui me suivent et me font part de leur curiosité et soif d’apprendre !

Les 25 ans que je fête aujourd’hui sont ceux d’une aventure parfois difficile, parfois éreintante, mais belle, constructive et toujours dans l’esprit d’une créativité joyeuse, une découverte permanente, une aventure telle que je la rêvais ce jour de 1998, sur le trottoir de la rue Condorcet, devant cette vitrine.

Virginia ALFONSO CALACE

Liste des artistes:

AGNE – Virginia ALFONSO – Irène AUDIER – Michel ALTAMURA – Mavi BOIANO – BLUX – Estelle BOULLIER – Eleonora BURRY – CAMARASA – Murielle CAMPILLO – Marie Claire CANO – Joseph CAPRIO – Frédéric CHAIS – Philippe CHAMBON – Emilie CHAUMET – André CHICHIGNOUD – Françoise CHUVIN – Hélène CIPRA – Charles-Etienne COLY – Grégory COMPAGNON – Catherine CROZON – Marie Claire DANIEL – Eric DEMELIS – Christian DELL’OVA – Dick-de-Dire – Nathalie DUCAMP – EMER – EYMARD-DUVERNAY – Carole EXBRAYAT – Pierre FABRY – FOUÈSE- Barbara FOUGNON – Valerie GAILLARD – Catherine GUILLERMOU – Graciela GRILLO – Catherine HEYMAN – Leire IRARRAGORRI – Agnès JEANNOT – JIDE – Marie Laure JOUVERT – Marie KRAUZE – Michèle LACOSTE – Marie LAFAILLE – Sonia LEDOS – Julie LE GOFF – Chantal LEGENDRE / CHANATH – LOL – Séverine MARTINEZ -Michèle MARGARY – Gilles MAZEN – Sofie MELNICK – Claudine MEYER – Regine MORRISSON – Marie Odile MULLER – NUVISH – Elsa OHANA – Pascale PARREIN – Carole PENIN – Alissa PETIT – Liliana PONCE DE LEON – Colette REYDET – Reidunn RUGLAND – Julian SARO – Vera SERTORIO – Catherine SICOT – SÔNIAC -Van THAI – Jean WELTER – Hui ZHENG – 1011

Et les élèves de l’atelier complètent joyeusement l’expo !

Les 25 ans du LOSANGE

Béatrice WOLFF

« J’aime me passer de modèle et m’affranchir de la réalité virtuelle. Je ne représente pas d’objet du monde naturel, réel ou imaginaire mais seulement des formes et des couleurs pour elles-mêmes.

Je laisse mon esprit divaguer au service de mes créations.

Je raconte des histoires grâce aux signes.et je souhaite que chaque personne face à mes créations puisse voyager et créer sa propre histoire.

Chaque collage, encre ou peinture vient de mon cœur, de toutes les aventures de ma vie.

Je mets sur papier ce que je ressens, ma réalité…

Mettre mes pensées, mes émotions sur papier, retranscrire visuellement mon ressenti, c’est ma manière d’être artiste.

Créer est mon espace total de liberté. »

Originaire du nord de la France, Béatrice Wolff a suivi jusqu’à l’âge de 18 ans divers ateliers aux beaux-arts de Dunkerque : nu, gravure, sérigraphie, nature morte….

Elle a continué par la suite à suivre différents ateliers d’artistes au Venezuela, à Paris, en Australie puis à Montpellier.

Elle vit aujourd’hui entre Montpellier et Lyon.

De ses nombreux voyages, elle puise dans ses souvenirs des sensations et des couleurs sud-américaines, les signes et les symboles de la culture aborigène australienne ou encore l’art ancestral japonais, à travers l’usage de l’encre de chine.

Ayant tissé des liens entre toutes ces cultures, elle réintroduit subtilement ses sensations, ses ressentis par des textures, et surtout par la couleur.

Son matériau de prédilection est le papier, le fil conducteur de son travail.

A partir de ces papiers, souvent choisis pour leur attractivité, elle crée avec ou par-dessus un simple morceau en puisant de son énergie. Ses fragments vivants qui peuvent raconter une histoire, sont collés, découpés, déchirés ou froissés et déposés sur le support, papier ou autre sur lequel elle rajoute quelques traces de peintures, de l’encre de chine, du crayon, du pastel ou de la bombe acrylique.

De là, s’assemblent subtilement des couleurs énergiques, vives, fortes, fluorescentes, paradoxalement harmonieuses et se forment des compositions parfaitement équilibrées.

Comme des patchworks de vie, de souvenirs, de sensations…

En mixant la peinture aux collages, elle exprime ses idées, ses sensations par des signes, des images, des mots et par ses palettes lumineuses, elle renforce et dynamise ses compositions.

Elle arrive aussi à produire des peintures imitant ses collages, à la frontière entre les deux techniques, rajoutant une expérience visuelle dans ses compositions. Ou parfois, elle crée des monolithes très simples proches des papiers qui sont aussi sculpture.

Elle trouve alors sa propre écriture, son propre langage, jouant entre la sculpture et la peinture. Les compositions de Béatrice Wolff sont subtiles mais aussi évidentes, joyeuses, lumineuses et efficaces.

Installée aujourd’hui à Montpellier , Béatrice Wolff crée dans son propre atelier et expose régulièrement son travail.

Manuel DESSORT

« Une proposition pour exposer avec une créatrice ?

Oui, jouons le jeu et envisageons les pièces les plus adéquates pour qu’il y ait dialogue.

Dans ce registre d’une abstraction ou la couleur s’impose, j’ai opté pour un ensemble de mini-séries réalisées en 2021 et 2022.

Sur de nouveaux supports pour moi, des cartons toilés dans leurs dimensions maximum, je définis les contraintes, avec le travail de Bernard Frize en tête.

Utilisation uniquement des spalters de chantier, fond systématique, orientation colorée dans chaque série et surtout tracé linéaire.

Mes brosses larges habituellement utilisées pour une gestuelle rapide en rotation, deviennent là, outils de précision dans une lenteur désirée, mesurée. Les tons se superposent, s’imbriquent avec du rythme, de l’ombre et de la lumière… pour provoquer une émotion inattendue.»

Manuel Dessort – Février 2023 –

Échanges chromatiques. Rencontre entre Béatrice Wolff et Manuel Dessort.

ESTAMPE CONTEMPORAINE

Elsa OHANA(1986, Paris) vit et travaille en France.

Artiste graveure et agrégée d’Arts plastiques, actuellement résidente du Collectif d’artistes du Château de Verchaus (Ardèche).

Sa pratique artistique mêle l’estampe contemporaine, l’installation, les dispositifs scéniques et interroge les micro-récits du féminin et de la mémoire collective. Une arborescence de l’intime composée de fragments et d’espaces élastiques qui interroge le corps comme un espace de traversée physiques, intimes et politiques. Entre figuration et abstraction, comment faire œuvre d’un passage ?

Ses recherches questionnent l’estampe comme mise en forme d’une pensée mobile qui se développe et connaît toutes sortes d’états et de « devenirs ». Ce système, à entrées et sorties multiples, joue avec les fusions en associant empreintes, technique picturale et gravure. Réseaux de lignes et de liens où les corps forment un récit non linéaire, fragmenté et déroutant.

Un « cryptogramme hybride », organique, végétal, humain et minéral comme une invitation à penser les différents liens de nos vies comme rhizome, arborescence ou labyrinthe de nos intimes. Lignes du corps, motifs organiques, tourbillons, plissements et concrétions forment une cosmologie intérieure.

Comment l’estampe peut-elle dialoguer avec l’espace du sensible ? Territoires graphiques, lignes aux devenirs multiples, l’hybridation et les dispositifs ouverts au cœur d’un parcours et d’une démarche d’exploration plasticienne de l’estampe contemporaine.

Elsa OHANA

DESSINS

 Depuis 20 ans que je pratique la peinture, je ne sais jamais ce que je vais faire quand je débute un nouveau tableau. Quoi peindre est une question que j’élude par une démarche qui laisse toute sa place à l’inconscient pour s’exprimer. Je cherche à faire surgir des choses profondément enfouies et quand je dessine c’est mon âme d’archéologue qui dégage des objets dans le sable. Une fois que tout est suffisamment dégagé, je m’interroge sur le sens que cela peut avoir.

D’après le public, mes représentations donnent une impression d’intemporalité où se mêle une sorte de mythologie intérieure dans un cadre naturel. En effet, je suis un passionné de préhistoire et de nature, ce sont des sujets très présents dans ma vie et mon œuvre. Je convoque donc à la fois des références au passé et les phénomènes naturels. Mais ce qui peut paraître comme des références, un passé lointain, sans écriture, masque un processus de création qui est très ancré dans le présent. Ce qui est dessiné est déterminé par ce qui habite l’atelier à ce moment-là. Quand la phase de dessin se termine, c’est le moment du lendemain et de sa quête de sens.

Je propose un travail à partir de dessins réalisés à l’encre noire sur un papier assez épais normalement fait pour des impressions de haute qualité. J’ai développé ces dernières années une technique basée sur le petit point et l’absence totale de trait. C’est par le point que je cherche à relier le vivant. Mais j’en suis surtout arrivé là en cherchant la technique la plus lente possible. Comme j’ai besoin de laisser le temps aux choses de s’inscrire sur le papier, il me fallait être le plus lent possible et donc abandonner cette vieille habitude de tracer, avec la volonté d’être en dehors du système d’écriture traditionnelle.

Je débute un peu hasard, dans une zone de mon support à poser des points, très tôt le matin, de préférence. Je dépose des points jusqu’à ce qu’une vision s’empare de moi et qu’une figure trouve sa place sur le papier comme une évidence. Puis d’autres figures et des signes viennent s’inscrire également et au final c’est une composition assez mystérieuse qui s’est ainsi mise en place sans aucune préparation, ni modèle, ni esquisse. Par la répétition du point par point, rythmée, il y a une recherche méditative qui peut aller jusqu’à une forme de transe. Le dessin, les longues séances de travail, les horaires, la table d’atelier, la fidélité à un papier, donnent un caractère rituel à ma démarche.

Mes figures sont souvent du registre des animaux, presque toujours représentés de profil. Elles résultent d’une libération de l’inconscient et sont peut être des des archétypes, des représentations chargées de valeurs symboliques. Leur assemblage dans la composition donne du sens et une raison d’exister. Le fond, le décor, sont une matrice indissociable des figues, comme peut l’être la roche qui sert de support aux peintures rupestres. Donc tout est important, y compris le souci du détail car tout peut être signifiant et relier le vivant.  

Grégory COMPAGNON

Trois artistes, tout en encre, crayons, fusain et pierre noire, nous proposent leur regard rêveur et drôle du monde fascinant de l’enfance.

Eleonora BURRY

Séverine MARTINEZ

Élodie GUILLAND

ENFANCES

L’enfance récupérée, les nuages qui racontent des histoires, retrouver cet état premier onirique où tout peut arriver. Instants de vie privilégiés avec les incertitudes et les doutes mais aussi la liberté porteuse peut-être des bonheur, que sais-je ? En un mot : l’aventure.

Ne jamais reproduire, créer, toujours créer. Il faut déchirer le rideau de la réalité pour entrevoir l’essentiel, ce que j’appelle la spiritualité de l’invisible. Chaque tableau représente une aventure, je m’y risque sans savoir comment cela va finir. Je crois à la puissance du travail. Le tableau dit tenir debout, s’imposer par son équilibre, son évidence.

Dans chaque êtres humains, il y a un côté pile et un côté face. Dans la création les deux se confondent et parfois, du fond de l’inconscience, il jaillit des sensations, des non-dits, les non-voulu, peut-être trouve-t-on un peu de soi-même.

André CHICHIGNOUD

D’une malle l’oubliée dans le grenier, André a retiré avec émotion d’anciens « jouets d’avant… » Il en a fait un jeu d’assemblage qu’on nomme ordinairement « tableaux ». Il les a lâché à l’ombre des arbres et au soleil de la « cour de récré », pour voir danser cette joyeuse sarabande dans la douce musique de la création.

J. Saussac (artiste peintre)

Avoir été chef d’entreprise accompli pour devenir peintre, savoir préserver, à la maturité, le rêve et l’onirisme de l’enfance, garder l’imaginaire débridé, presque naïf, au service de l’inspiration, être technique et paraître spontané, voilà bien ce que j’appelle une vraie peinture de tripes et de cœur sincère et honnête. André, merci d’être cet artiste là car vous êtes si peu nombreux !

J. Blanchet (Galeriste)

Sur la peinture d’Andrée Chichignoud, le regard ne glisse pas, il s’arrête… Adviendront-t-ils sur la toile ces êtres zoomorphes qui, enfouis au plus profond de son subconscient, hantent le peintre ? Ou encore, les flamboiements de l’automne, le tremblement de l’eau, la fantasmagorie des nuages… Ou les états d’âme du moment, s’organiserons-t-ils dans un précipité savant de tâches colorées ? A ce stade, il est l’exécutant d’une force créative qui le dépasse. Puis vient le long travail de l’œil et de l’esprit, gageure aussi, car ne doivent pas s’éteindre sous le labeur les effusions créatives qui font la chair et l’âme du tableau…

« Ce qui est beau sur la toile, dit André Chichignoud, ce sont des choses simples qu’on féconde. ». Ainsi son œuvre s’enrichit elle de sa propre exigence de liberté, échappe-t-elle spontanément à tous les pièges de la pratique picturale et se maintient-t-elle en une sorte d’état de virginité ou de grâce permanent. 

V. Baconnier (Critique d’Art)

Peindre est un acte de volonté : André Chichignoud à cette volonté, ce quelque chose à nous dire dont parle Gaston Bachelard à travers les rêve de la volonté créatrice, un univers foisonnant d’images pleines d’énergie, de couleurs en fête et de formes imprévisibles.

K. Gilles (Commissaire d’Exposition)

Une composition de Chichignoud est une accumulation inouïe de couleurs, témoignage d’une vitalité hors du commun. Sa peinture est gestuelle, non abstraite mais narrative. Elle se métamorphose pendant sa croissance, couche après couche. L’image s’enfuit sous la matière, jusqu’à une naissance bouillonnante, non figurative où mère émergent des visions nouvelles.

F. Vanel (Historienne d’Art) 

A. Chichignoud / Peintures Révisitées

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