Les Tin Toys de Catherine Heyman, tout un drôle de monde plein de rêves mécaniques et espiègles se montrent à la Galerie et déploient leurs originalité tout le mois d’Octobre.
Objets en fer blanc, cuivre ou laiton propulsée par élises, petites turbines ou engrenages miniature…
Ainsi que des photos sténopés de Paris, Berlin, Grenoble…
Sculptures en tissus brodées, broderies sur velours ou feutre, dessins à l’encre.
« La broderie n’est pas venue tout de suite, j’ai du aller la chercher, la rencontrer. Je la travaille comme un dessin. Je trace et dessine avec le fil. Envisagé comme un parcours, une balade, je propose des formes, des images telles des plaques sensibles et poétiques. Jean-Michel Othoniel disait dans une interview que son travail et son médium de prédilection le verre, lui permettaient de « le garder en alerte pour ne pas tomber dans le décoratif, le joli ». J’aime la broderie car elle me soumet ce combat permanent. Il faut sans cesse « écouter » la matière, se laisser surprendre et s’ajuster.
La plupart des oeuvres que je propose sont des « objets définis » avec une forme arrêtée, des contours. Ce qui m’intéresse c’est le contraste entre ces « objets définis » et leurs « compositions-installations » (qu’il s’agisse de la composition des éléments intérieurs de l’oeuvre ou de l’installation de l’œuvre en elle-même) qui elle est aléatoire. J’aime l’idée que le spectateur puisse interagir avec mon travail, qu’il lui donne des formes multiples, tantôt ordonnées, structurées ou éparpillées, dispersées, semées dans l’espace. S’installe alors une multitude de dialogues muets et l’oeuvre se poursuit, change, « vit ». Ces manipulations sont rendues possibles également par la nature même des oeuvres qui vidées de leur « consistance », soulagée de leur poids, presque fragiles; se déplacent et se manipulent aisément. J’aime alors le parallèle qui se créé entre le rapport que le public entretient avec mon travail et le rapport que l’homme entretient avec la nature dans son interaction pour la façonner, la modeler, l’ordonner, la contraindre ou la laisser respirer. Mes oeuvres agissent comme des témoins de ce rapport, de ces tensions qu’ils existent entre l’homme et la nature. «
Que cherche Muriel Dorembus dans ses paysages désertés, pleines mers, monts et vallées, ses figures lacérées et muettes, parfois excentriques ? Peut-être réincarner des mondes disparus, les figures des aïeux, les paysages des ailleurs… Du fond de ses yeux clos naissent des images aux visages absents ou aux cieux blancs. Les couleurs, dans leurs présences tenues et ténues scintillent, telles des pépites au sein de sédiments et concrétions de gris et de bruns délavés, érodés par les pluies et les orages. Ne reste que la minéralité de l’absence. Muriel Dorembus ne veut rien, rien cerner, rien enfermer, elle nous ouvre juste les horizons et les regards de son intime silence. Artiste patiente et obstinée, elle guette le miracle des apparitions au risque de disparitions et destructions radicales. Feuille après feuille, la peinture se structure, s’affine pour inventer une écriture, le livre peint d’un monde intérieur. Michel Vautier, artiste peintre.
Nourrie par la parole et l’écrit, fascinée par la puissance évocatrice des mots et par la vibration énigmatique des corps, chercheuse de sens, de sons, de liens, j’ai longtemps ignoré la forme et refusé toute association visuelle. Il me faudra trente ans pour entrer dans la représentation des idées par la couleur et la matière. Peindre est cet acte métaphorique extrême qui rassemble toutes les formes de langage, inscrit du vivant à tous les indicatifs et me permet de passer du non-dit au lieu-dit. Depuis ce passage, la peinture est le lieu où je vis et travaille.
Longtemps mes interactions avec les animaux étaient celle d’une petite fille étonnée que cette diversité puisse exister. L’observation méticuleuse de toute espèce qui rampait, qui courrait ou marchait avec parcimonie devant moi, me demandait une attention précise, je les mémorisais et les dessinais. Des heures passées devant les documentaires m’ont poussée à vouloir devenir zoologiste, entomologiste. Je continuais à les dessiner de plus en plus précisément. J’ai collecté avec un enchantement meurtrier certes, de papillons géants, des scarabées brillants et lisses, des grosses fourmis noires dans ma petite boîte de feutres de couleurs. Des couleuvres glissantes, des oiseaux morts en bas des arbres, une chauve-souris, des cocons de vers à soie que j’emmenais fière à l’école primaire.
Les dessins ont évolué, mes rêves de chercheuse se sont retournés vers moi, vers l’anthropologie et l’ethnologie et c’est en allant m’inscrire à la faculté de Sciences Naturelles, que j’ai bifurqué littéralement en prenant une de ses diagonales qui caractérisent ma ville en Argentine, pour aller vers l’école de Beaux Arts « voir ». J’ai vu, j’ai adoré et j’ai pris cette décision qui a défini mon parcours depuis. Mais mon étonnement est resté intact! Cette fascination de l’autre…
Pendant de longues années je suis venue à la représentation presque exclusive du corps humain, les autres animaux étaient comme un accessoire, des accompagnateurs. J’étais habitée par une sorte d’égocentrisme nécessaire, une reconnaissance de soi. Maintenant, face à toutes ces espèces qui disparaissent chaque année, à cette souffrance animale tant de fois constatée, à cette indifférence systématique de notre part, j’ai la certitude absolue que tout animal que nous sommes, nous allons vers un même destin. Et cette série a fait surface abruptement cet été. Elle s’étend encore chaque jour. Une entente animale, une interrogation, une reconnaissance cette fois-ci d’eux avec nous, un très humble geste, une admiration encore intacte.
Virginia Alfonso Calace
Jeu des métamorphose IJeu des métamorphose IIMaternitéJeux d’imitation IJeux des métamorphose IIIJeux d’imitations IIOso BlancoPájaro IPájaro IIIPájaro II
Manhattan est le paysage urbain par excellence. Représenter sa texture, ses lumières, sa géométrie si particulière est mon ambition depuis plusieurs années.
Tout y est affaire de rythmes architecturaux répétitifs, de perspectives infinies, d’éclats éblouissants du ciel, de clairs-obscurs et reflets où les détails s’effacent au profit d’une vision d’ensemble, mouvante et instable. Plus que le paysage proprement dit, on y voit le vertige démesuré qu’il provoque.
« L’acier, le verre, la brique, le béton seront les matériaux des gratte-ciel. Entassés dans l’île étroite, les édifices aux mille fenêtres se dresseront, étincelants, pyramides sur pyramides, sommets de nuages blancs au-dessus des orages. Le crépuscule arrondit délicatement les angles droits des rues. L’obscurité pèse sur la ville d’asphalte fumant, écrase les châssis des fenêtres, les réclames, les cheminées, les réservoirs, les ventilateurs, les échelles de sauvetage, … ». Dos Passos dans Manhattan transfer
« Et l’angoisse au fond des rues à gratte-ciel Levant des yeux de chouette parmi l’éclipse du soleil. Sulfureuse ta lumière et les flûts livides, dont les têtes foudroient le ciel. Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d’acier et leur peau patinée de pierres. ». Sedar Senghor dans Ethiopiques (extrait de A New York)
Wall StreetChanin Building
Compositions acidulées
Ce travail est le fruit d’un jeu entre l’abstraction
et le figuratif.
La frontière réel/irréel est y volontairement floue,
les objets sans identité.
Selon son imagination, on y verra de simples formes
arrondies aux couleurs vives ou la suggestion de fruits, perles, entassement de
jouets… Car les objets figurés ont gardé une logique physique bien réelle,
jusque dans leur traitement en composition de natures mortes.
Ici, j’ai utilisé l’infographie, qui lisse et acidule
le geste graphique.
Le pinceau, discret, est encore là, car je peins avec
ma tablette numérique.